Nombreux sont les managers qui connaissent ce sentiment : vouloir que les choses soient bien faites, c'est préférer s'en charger soi-même. Or, un manager qui fait tout lui-même devient un goulot d'étranglement pour son équipe. Déléguer n'est pas un signe de faiblesse ; c'est au contraire une compétence essentielle d'un leadership efficace. Cela fait partie intégrante du développement du leadership . Pourtant, beaucoup de leaders ont du mal à lâcher prise. Dans cet article, vous découvrirez précisément ce qu'implique la délégation, pourquoi elle est si importante et comment l'améliorer progressivement.
Qu’est-ce que la délégation ?
Déléguer signifie transférer une tâche, une responsabilité ou une autorité à une autre personne. Cela va bien au-delà de la simple externalisation. Une délégation réussie implique de transférer non seulement l'exécution, mais aussi le pouvoir de décision associé. Le collaborateur dispose ainsi de la latitude nécessaire pour aborder la tâche à sa manière, dans le cadre que vous avez défini.
Il existe une différence fondamentale entre déléguer et se décharger de ses responsabilités. Se décharger, c'est confier une tâche sans contexte, sans attentes claires et sans accompagnement. Déléguer, en revanche, implique de consacrer du temps à une transition en douceur au préalable, afin de permettre à l'autre personne de mener à bien sa mission. Cela demande plus de temps au départ, mais s'avère extrêmement rentable à long terme.
Pourquoi la délégation est essentielle pour les managers
Le premier avantage, et le plus évident, est le gain de temps. En tant que manager, vos journées sont limitées. En déléguant les tâches opérationnelles, vous libérez du temps pour le travail stratégique : réfléchir à l’orientation de votre équipe, entretenir les relations avec les parties prenantes et travailler sur les objectifs à long terme.
Le deuxième avantage réside dans le développement de l'équipe. Les employés progressent lorsqu'on leur confie des responsabilités. Ceux qui ne sont jamais mis au défi se démotivent. En déléguant des tâches qui les amènent à sortir de leur zone de confort, vous les aidez à développer de nouvelles compétences. Cela accroît non seulement leurs compétences, mais aussi leur engagement au travail.
Le troisième avantage est la diversification des risques. Lorsque toutes les connaissances et les responsabilités reposent sur une seule personne, l'équipe est vulnérable. Que se passe-t-il si vous tombez malade ou partez en vacances ? En déléguant, vous constituez une équipe capable de fonctionner même sans vous.
Pourquoi les managers ont-ils du mal à déléguer ?
La raison la plus courante est : « Ça va plus vite si je le fais moi-même. » Et c’est souvent vrai, du moins la première fois. Mais ce raisonnement vous enferme dans un cercle vicieux où votre charge de travail ne cesse de croître tandis que votre équipe stagne.
Un autre obstacle fréquent est le perfectionnisme. Vous craignez que l'autre personne ne fasse pas un travail suffisamment bien. Or, bien souvent, « suffisant » est tout à fait acceptable. Il n'est pas nécessaire que chaque tâche soit réalisée à votre niveau. Parfois, un résultat à 80 % est tout à fait acceptable, surtout si l'on considère ce que l'on peut accomplir avec le temps ainsi libéré.
Certains managers ont du mal à lâcher prise. Ils se sentent responsables du résultat final (et ils le sont), mais confondent responsabilité et réalisation des tâches. On peut être responsable du résultat sans tout faire soi-même. C'est précisément ce qu'implique le leadership.
Déléguer des tâches en 6 étapes
Étape 1 : Déterminez ce que vous déléguez
Tout ne se prête pas à la délégation. Vous pouvez confier certaines tâches : les tâches routinières, celles pour lesquelles un collègue est plus compétent, les projets bien définis et celles qui contribuent au développement d’un membre de l’équipe. Gardez pour vous les tâches stratégiques, celles qui contiennent des informations confidentielles ou celles qui requièrent une décision de la direction.
Étape 2 : Choisir la bonne personne
La personne la plus compétente pour une tâche déléguée n'est pas toujours celle qui l'exécute le plus rapidement. Il faut également tenir compte de qui peut en tirer le meilleur parti, qui y trouve de la motivation et qui possède les capacités nécessaires pour l'assumer. Le leadership situationnel vous aide à cet égard : le niveau d'accompagnement que vous fournissez dépend de l'expérience et de la motivation du collaborateur.
Étape 3 : Fournir un exposé clair
Un bon briefing comprend : le résultat final souhaité (et non la manière d’y parvenir), la date limite, le budget ou les ressources disponibles, le degré d’autonomie décisionnelle et les personnes à contacter. Utilisez la méthode SMART pour concrétiser les attentes.
Étape 4 : Offrir son soutien sans prendre le contrôle
Affirmez clairement : « Je suis là si vous rencontrez des difficultés, mais je suis convaincu que vous pouvez y arriver. » Si nécessaire, prévoyez un bref point d’étape, mais évitez toute microgestion. Rien n’est plus démotivant que d’avoir l’impression d’être surveillé en permanence.
Étape 5 : Lâchez prise et acceptez une approche différente
C'est souvent la partie la plus délicate pour les managers. L'employé abordera probablement la tâche différemment. Tant que le résultat est conforme aux accords, c'est parfait. En fait, une approche différente donne parfois des résultats étonnamment meilleurs. N'intervenez que si le résultat final est menacé, et non si le processus se déroule différemment de ce que vous aviez prévu.
Étape 6 : Évaluer et fournir des commentaires
Ensuite, vous discutez ensemble du résultat. Qu'est-ce qui a bien fonctionné ? Comment faire mieux la prochaine fois ? C'est le moment d'apprendre, tant pour le collaborateur que pour vous, en tant que délégant. Un retour d'information constructif après la délégation renforce la confiance et facilite les délégations ultérieures.
Les niveaux de délégation
La délégation n'est pas une question de tout ou rien. Il existe différents niveaux, allant d'une liberté limitée à une autonomie complète. Un modèle largement utilisé distingue cinq niveaux :
Niveau 1 : Recherche et rapport. L’employé recueille des informations et présente des options. Vous prenez la décision.
Niveau 2 : Recherche et conseil. L’employé effectue des recherches, formule une recommandation et vous prenez la décision.
Niveau 3 : Analyser, conseiller et mettre en œuvre après approbation. L’employé soumet une proposition. Après votre approbation, il ou elle se met au travail.
Niveau 4 : Agir et fournir un retour d’information. L’employé agit de manière autonome et vous informe du résultat.
Niveau 5 : Agir sans avoir besoin de retour d’information. Autonomie totale. L’employé agit de manière indépendante et ne rend compte que dans des cas exceptionnels.
En choisissant consciemment le niveau approprié, vous offrez au collaborateur la liberté dont il a besoin. Un collaborateur débutant commence au niveau 1 ou 2, tandis qu'un professionnel expérimenté peut évoluer au niveau 4 ou 5. Le rôle du manager est d'accompagner progressivement les collaborateurs vers des niveaux supérieurs.
Délégation et gestion du temps
La délégation est un outil précieux pour une meilleure gestion du temps . La matrice d'Eisenhower vous y aide : les tâches importantes mais non urgentes peuvent souvent être déléguées. De même, les tâches urgentes mais non importantes peuvent presque toujours l'être. Ainsi, vous libérez du temps pour ce qui est vraiment important et urgent.
Réservez-vous un moment chaque semaine pour faire le point sur vos tâches et identifier celles que vous pouvez déléguer. Ce « moment de délégation » n’a pas besoin d’être long — quinze minutes suffisent — mais il vous évite de retomber dans la mauvaise habitude de tout faire vous-même.
Erreurs courantes lors de la délégation
Des attentes floues. « Pourriez-vous jeter un coup d'œil à ce rapport ? » n'est pas une délégation. Que doit faire exactement l'employé ? Donner son avis ? Réécrire le rapport ? Vérifier les données ? Plus vous serez précis, meilleur sera le résultat.
Reprenez le contrôle dès la première difficulté. Face à un blocage, la tentation de se rétracter est grande. Mieux vaut poser des questions : « Qu'est-ce qui vous pose problème ? » et « Qu'avez-vous déjà essayé ? » Vous l'aidez ainsi à trouver la solution par lui-même.
Ne pas reconnaître le travail accompli. Lorsqu'un employé accomplit une tâche avec succès, il est essentiel de le féliciter. Rien n'est plus démotivant que d'avoir l'impression, en tant que manager, de s'attribuer le mérite du travail d'autrui.
Ne déléguez que les tâches répétitives. Si vous ne déléguez que les tâches administratives, vos employés ne se sentiront pas pris au sérieux. Osez confier également des missions stimulantes et valorisantes. Cela témoigne de votre confiance en votre équipe.
Commencez dès aujourd'hui à mieux déléguer.
La délégation est une compétence qui se développe. Commencez par une petite tâche : choisissez cette semaine une tâche que vous effectuez habituellement vous-même et confiez-la à un membre de votre équipe. Prenez le temps d’organiser une réunion d’information claire, puis laissez-le faire et évaluez ensemble le résultat. Vous constaterez que cela devient de plus en plus facile après quelques essais.
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Donner des ordres, c'est indiquer précisément à quelqu'un ce qu'il doit faire et comment. Déléguer, c'est transférer la responsabilité et laisser à l'autre personne la liberté d'adopter la bonne approche. On se concentre sur le résultat, et non sur le processus. Cela renforce l'engagement et le sentiment d'appartenance des employés.
Gardez pour vous les tâches qui nécessitent une prise de décision stratégique, qui contiennent des informations confidentielles ou sensibles, qui concernent des questions de personnel (comme les entretiens de licenciement) et les tâches qui vous sont spécifiquement confiées par la direction.
Définissez des points de contrôle clairs à l'avance plutôt que de surveiller constamment. Concentrez-vous sur le résultat final, pas sur le processus. Demandez-vous : si le résultat final est bon, est-ce vraiment important comment l'employé y est parvenu ? La confiance est essentielle.
Utilisez les différents niveaux de délégation. Commencez par le niveau 1 (recherche et rapport) et confiez progressivement plus de responsabilités à l'employé à mesure que la confiance s'installe. Consacrez du temps aux explications et à l'accompagnement au début. Vous en tirerez de grands bénéfices par la suite.
Une délégation efficace nécessite une bonne gestion des parties prenantes : il faut savoir qui a quels intérêts et comment les impliquer.